Il existe un petit exercice, facile à préparer sur une simple feuille de papier, qui permet à un enfant — et à ses parents — de ressentir physiquement ce que signifie vraiment « se concentrer ». Cet exercice porte le nom de son inventeur : l’effet Stroop.
L’expérience de John Ridley Stroop
En 1935, le psychologue américain John Ridley Stroop présente une expérience restée célèbre dans le domaine des sciences cognitives. Le principe est simple en apparence : il demande à des participants de nommer, le plus vite possible, la couleur de l’encre dans laquelle un mot est écrit, plutôt que de lire ce mot. La difficulté surgit lorsque le mot écrit désigne lui-même une couleur différente de celle de l’encre — le mot « rouge », par exemple, écrit avec une encre bleue. Le résultat est frappant : la lecture du mot est si automatique chez un lecteur alphabétisé qu’elle vient parasiter la tâche demandée, ralentissant nettement la réponse.
Un petit exercice à faire en famille
Reproduire cette expérience à la maison ne demande presque rien : quelques mots de couleurs — rouge, bleu, vert, jaune — écrits chacun avec une encre qui ne correspond pas au mot, sur une simple feuille. On demande alors à l’enfant de nommer à voix haute, le plus rapidement possible, la couleur de l’encre de chaque mot, sans se laisser piéger par ce qui est écrit. Les hésitations, les fous rires, les petites erreurs qui surviennent presque à chaque ligne rendent immédiatement sensible ce que les chercheurs appellent l’interférence cognitive : deux informations contradictoires qui se disputent l’attention.
| Exemple de mot | Couleur de l’encre | Réaction attendue |
|---|---|---|
| « ROUGE » | encre bleue | l’enfant doit dire « bleu », pas lire « rouge » |
| « VERT » | encre jaune | l’enfant doit dire « jaune », en résistant à la lecture |
| « BLEU » | encre bleue | aucune interférence, réponse rapide et facile |
Le lien avec l’effort de concentration qu’exige une partie
Ce petit jeu de mots et de couleurs illustre, à l’échelle d’une feuille de papier, ce que vit un enfant pendant une partie d’échecs : il doit constamment résister à une réponse automatique — jouer le premier coup qui saute aux yeux — pour privilégier une réponse réfléchie, qui demande un effort actif de concentration. Cette capacité à inhiber un réflexe pour laisser place à une décision plus posée est précisément ce que les chercheurs appellent le contrôle exécutif, une compétence qui se développe avec l’âge et surtout avec la pratique répétée.
C’est aussi une bonne façon d’expliquer à un enfant pourquoi il se sent parfois fatigué après une partie de réflexion, même sans avoir bougé de sa chaise : résister à ses automatismes demande une vraie énergie mentale, tout comme le fait cet exercice de couleurs. D’autres activités qui sollicitent ce même contrôle de soi sont présentées dans notre rubrique Activités enfants, où le jeu reste toujours le meilleur moyen de rendre cet effort agréable plutôt que pesant.
Simple à préparer, amusant à pratiquer en famille, l’exercice Stroop reste l’un des meilleurs moyens de rendre visible, en quelques minutes, un mécanisme d’attention que l’on ne voit jamais autrement.







