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Howard Gardner et les intelligences multiples : où logent les échecs ?

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Un enfant fort en calcul mental sera-t-il forcément doué aux échecs ? Un autre, plus à l’aise pour raconter des histoires que pour résoudre des problèmes, en sera-t-il forcément exclu ? La théorie des intelligences multiples, développée par le psychologue Howard Gardner, apporte un éclairage utile à ces questions, souvent posées par des parents qui découvrent le jeu avec leur enfant.

La théorie de ce psychologue de Harvard

Professeur à l’université Harvard, Howard Gardner formule pour la première fois sa théorie en 1983, avant de l’enrichir dans les années qui suivent. Son idée centrale rompt avec la conception classique d’une intelligence unique, mesurable par un seul test : selon lui, il existerait plusieurs formes d’intelligence relativement indépendantes les unes des autres, parmi lesquelles l’intelligence logico-mathématique, l’intelligence linguistique, l’intelligence spatiale, l’intelligence corporelle-kinesthésique, l’intelligence musicale, ou encore les intelligences interpersonnelle et intrapersonnelle, tournées respectivement vers la compréhension des autres et de soi-même. Pour Gardner, un enfant n’est donc jamais simplement « intelligent » ou non : il l’est de façons différentes, avec des combinaisons propres à chacun.

Cette théorie s’oppose directement à l’idée d’un test de quotient intellectuel unique censé mesurer, en une seule note, toute la capacité de raisonnement d’une personne. Gardner défendait au contraire l’idée que deux enfants peuvent obtenir un résultat très différent à ce type de test tout en étant, chacun à sa façon, tout aussi capables de réussir dans un domaine qui mobilise une autre de leurs intelligences dominantes.

Laquelle de ses intelligences mobilise un enfant qui joue aux échecs

Face à un échiquier, l’intelligence la plus immédiatement sollicitée est sans doute l’intelligence logico-mathématique, celle qui permet de raisonner par déduction, d’anticiper les conséquences d’un coup, de repérer une régularité dans une position. Mais elle n’est pas seule à l’œuvre : l’intelligence spatiale intervient dès qu’il s’agit de visualiser le déplacement d’une pièce ou l’évolution d’une position quelques coups plus tard, tandis que l’intelligence intrapersonnelle entre en jeu chaque fois qu’un enfant doit gérer sa frustration après une erreur, ou garder son calme dans une position compliquée.

L’intelligence interpersonnelle trouve elle aussi sa place, d’une manière moins évidente : un enfant qui joue régulièrement face à d’autres apprend à percevoir les intentions de son adversaire à travers ses coups, à deviner un plan qui se dessine, presque comme on lirait les intentions d’une personne à travers son comportement. Ce mélange de plusieurs formes d’intelligence à la fois explique pourquoi deux enfants très différents dans leurs points forts scolaires peuvent l’un comme l’autre trouver, chacun à sa manière, un vrai plaisir et une vraie réussite dans ce même jeu.

Pourquoi il ne s’agit que d’une intelligence parmi d’autres

C’est là tout l’intérêt de la théorie de Gardner pour un parent : elle invite à ne pas réduire la valeur d’un enfant, ni même sa réussite aux échecs, à une seule forme d’intelligence. Un enfant peut très bien exceller dans une partie sans être particulièrement à l’aise en calcul scolaire classique, parce qu’il mobilise d’autres ressources — une bonne mémoire spatiale, une grande patience, une capacité à rester concentré sous pression. À l’inverse, un enfant brillant en mathématiques peut avoir besoin de temps pour développer sa vision spatiale de l’échiquier. Aucune de ces situations n’est un problème : elles rappellent simplement qu’un jeu de réflexion ne mesure jamais une intelligence unique, mais fait travailler plusieurs formes d’intelligence à la fois, à des degrés variables selon chaque enfant.

Cette diversité de compétences mobilisées explique d’ailleurs pourquoi certains enfants progressent différemment selon le type d’activité qu’on leur propose, un constat que l’on retrouve aussi dans notre rubrique École & Parents, où plusieurs dispositifs éducatifs sont pensés pour s’adapter à cette diversité plutôt que pour l’ignorer.

Retenir cette idée simple suffit souvent à changer le regard d’un parent sur les progrès de son enfant : la question n’est jamais « est-il intelligent ? », mais « de quelles façons l’est-il, et comment un jeu de réflexion peut-il venir nourrir chacune d’elles ? ».


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