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Stanislas Dehaene et la courbe de l’attention chez l’enfant

Avatar de Odile Maréchaux-Lanoë

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Quand on demande à un enfant de « faire attention », on lui demande en réalité d’activer l’un des mécanismes les plus étudiés — et les moins bien compris intuitivement — du cerveau humain. Les travaux du neuroscientifique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, offrent un éclairage précieux sur ce que l’attention permet vraiment, et sur la façon dont elle se construit au fil de l’enfance.

Ce que ce neuroscientifique explique sur le développement de l’attention selon l’âge

Dans ses travaux, Stanislas Dehaene présente l’attention comme l’un des quatre piliers de l’apprentissage, aux côtés de l’engagement actif, du retour d’information et de la consolidation. Loin d’être un simple interrupteur qu’on active ou non, ce mécanisme se développe progressivement au fil de l’enfance : un jeune enfant peine à ignorer une distraction sonore ou visuelle pendant qu’il travaille, tandis qu’un enfant plus âgé parvient de mieux en mieux à maintenir son attention sur une tâche malgré un environnement chargé. Cette progression n’est pas linéaire ni identique pour tous les enfants, mais elle suit des grandes étapes que la recherche en neurosciences cognitives permet aujourd’hui de mieux caractériser.

Dehaene distingue en réalité plusieurs systèmes attentionnels qui se développent à des rythmes différents : un système d’alerte, qui permet de se mettre en état de vigilance ; un système d’orientation, qui dirige le regard et la pensée vers un point précis ; et un système de contrôle exécutif, plus tardif dans son développement, qui permet de résister à une distraction ou de changer volontairement de sujet d’attention. C’est ce dernier système, le plus lent à mûrir chez l’enfant, qui explique pourquoi un jeune enfant se laisse plus facilement distraire qu’un enfant plus âgé, sans que cela relève d’un défaut de sa part.

« L’attention […] amplifie l’information sur laquelle nous nous concentrons. »

Cette définition, tirée de son ouvrage Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines (Odile Jacob, 2018), résume bien le rôle central de ce mécanisme : il ne crée pas l’information, il la met en valeur, au détriment de tout ce qui l’entoure. C’est précisément pour cela qu’un enfant distrait ne « manque » pas de volonté : son cerveau amplifie, à cet instant précis, autre chose que la tâche demandée.

Ce qu’un jeu de réflexion peut ou ne peut pas faire

Un jeu de réflexion comme les échecs ne « crée » pas l’attention d’un enfant à partir de rien, mais il offre un cadre particulièrement favorable pour l’exercer : une tâche claire, un temps limité, et une conséquence immédiate et visible à toute perte de concentration — une pièce mal défendue, une menace non vue. C’est ce qui rend ce type de jeu intéressant du point de vue des sciences cognitives, sans pour autant en faire un remède universel. Un enfant qui a de vraies difficultés d’attention au quotidien, à l’école ou à la maison, ne les résoudra pas uniquement en jouant aux échecs : ce constat relève d’un professionnel, pédiatre ou psychologue, seul en mesure d’évaluer la situation avec justesse.

Ce que l’on peut affirmer plus modestement, c’est qu’un jeu de réflexion offre un terrain d’entraînement agréable pour exercer une attention déjà fonctionnelle, exactement comme le font d’autres jeux de repérage rapide présentés dans notre rubrique Premiers pas, où chaque partie devient une occasion de pratiquer, sans pression, ce que les sciences cognitives appellent l’attention sélective.

Il faut également se garder d’un excès inverse, tout aussi fréquent chez des parents enthousiastes : croire qu’une longue séance de jeu, prolongée bien au-delà du plaisir que l’enfant y trouve encore, renforcerait mécaniquement sa capacité d’attention. C’est l’exact contraire qui se produit le plus souvent : une attention sollicitée trop longtemps s’épuise, et l’enfant finit par jouer de moins en moins bien, moins par manque de compétence que par simple fatigue attentionnelle. Des séances courtes, régulières et plaisantes restent, sur ce plan, bien plus efficaces qu’une seule longue session hebdomadaire.

Comprendre ce mécanisme ne change rien à la magie d’une partie bien jouée, mais cela aide les parents à relativiser certains moments de dispersion : l’attention d’un enfant n’est pas un défaut de caractère, c’est une capacité qui se construit, patiemment, jeu après jeu.


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