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Qui est-ce ?, le jeu de déduction qui prépare au raisonnement

Avatar de Rémi Castaignède-Pujol

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Tout le monde a déjà joué, un jour, à Qui est-ce ? — ce jeu imaginé par les créateurs de jeux Ora et Theo Coster, où chaque joueur cherche à deviner le personnage mystère choisi par l’autre. Derrière son côté ludique et coloré, il s’agit en réalité d’un excellent petit exercice de logique, pensé pour des enfants bien avant qu’ils ne sachent ce que veut dire le mot « déduction ».

Le principe des questions à éliminer

Chaque joueur dispose d’un plateau présentant une vingtaine de visages différents, et choisit secrètement l’un d’entre eux, que l’adversaire devra deviner. Pour cela, chacun pose à tour de rôle une question qui ne peut recevoir que « oui » ou « non » pour réponse : « porte-t-il des lunettes ? », « a-t-elle les cheveux longs ? ». Selon la réponse, on rabat les portraits qui ne correspondent plus, jusqu’à ce qu’il ne reste, idéalement, qu’un seul visage possible.

Le jeu a été imaginé à la fin des années 1970 par le duo de créateurs Ora et Theo Coster, connus pour avoir conçu plusieurs jeux de plateau devenus des classiques familiaux. Sa mécanique tient sur un principe si simple qu’elle n’a presque pas changé depuis sa création : deviner, uniquement à l’aide de questions fermées, l’identité choisie par l’autre joueur.

Ce qu’il apprend sur la logique par élimination

Ce que ce jeu enseigne, sans jamais le dire explicitement, c’est l’art de poser la question la plus utile plutôt que la première qui vient à l’esprit. Un enfant qui débute demande souvent des détails très précis, « a-t-il un chapeau rouge ? », qui n’éliminent qu’un seul visage à la fois. En grandissant, il découvre qu’une question plus large, comme « porte-t-il quelque chose sur la tête ? », permet d’écarter d’un coup plusieurs candidats. C’est exactement le principe de la recherche par élimination : chaque question doit réduire le champ des possibles le plus efficacement possible, et non se contenter de vérifier une intuition.

Pourquoi c’est une bonne activité avant d’aborder les échecs

Ce même réflexe de tri progressif se retrouve chez un joueur d’échecs qui envisage plusieurs coups possibles : plutôt que d’examiner chaque option une par une dans le désordre, il apprend à écarter d’abord les coups manifestement mauvais, pour concentrer son attention sur les quelques choix qui méritent vraiment réflexion. Qui est-ce ? offre, sans échiquier ni pièce, un premier entraînement à cette discipline de pensée : trier avant de choisir.

Il y a également, dans ce jeu, un apprentissage plus discret : celui de la patience face à l’incertitude. Un enfant qui débute veut souvent deviner tout de suite, quitte à se tromper. Le jeu lui apprend, partie après partie, qu’il vaut mieux accepter de ne pas savoir tout de suite, et avancer par petites certitudes accumulées plutôt que par intuition hasardeuse — une leçon précieuse bien au-delà du plateau de jeu.

C’est aussi un jeu qui se prête très bien à un moment en famille sans matériel compliqué, à l’image de ce que l’on retrouve dans notre rubrique Concentration & Cerveau, où l’attention se construit souvent à travers des jeux courts, répétés, plutôt que par de longues séances théoriques.

Un plateau de portraits, quelques questions bien choisies, et voilà un enfant qui, sans s’en rendre compte, s’entraîne déjà à raisonner comme un joueur d’échecs face à une position complexe.


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