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L’awalé, le jeu de comptage africain à apprendre dès 6 ans

Avatar de Rémi Castaignède-Pujol

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Peu de jeux de société peuvent se vanter d’avoir traversé autant de siècles que l’awalé. Ce jeu de comptage, très populaire à travers le continent africain sous des noms variés — oware, wari, ayo, selon les régions — repose sur un plateau et des règles d’une élégante simplicité, tout en offrant une vraie profondeur stratégique.

Le plateau à douze trous

Le plateau d’awalé se compose de douze trous, six devant chaque joueur, disposés en deux rangées face à face. Au début de la partie, chaque trou reçoit quatre graines, soit quarante-huit graines au total réparties également entre les deux camps.

Ce jeu porte des noms différents selon les régions où il se pratique : oware chez les Ashantis du Ghana, ayo au Nigéria, tsoro au Zimbabwe, ou encore wari dans les Caraïbes, où il a voyagé avec l’histoire. Cette diversité de noms pour un même principe de jeu témoigne de son ancienneté et de sa diffusion, bien au-delà d’une seule région du continent africain.

La récolte des graines, étape par étape

À son tour, un joueur choisit un trou de son propre camp, en retire toutes les graines, puis les distribue une par une dans les trous suivants, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en passant aussi bien par son propre camp que par celui de l’adversaire. Si la dernière graine posée tombe dans un trou du camp adverse et porte son contenu à deux ou trois graines, le joueur capture toutes les graines de ce trou. Le but du jeu est simple à énoncer : accumuler le plus de graines possible, celui qui en récolte le plus l’emportant à la fin de la partie.

Étape de la partie Ce que fait le joueur
Choix du trou Sélectionne un trou de son propre camp contenant des graines
Distribution Sème une graine par trou, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre
Capture Récupère les graines d’un trou adverse porté à deux ou trois graines
Fin de partie Compte ses graines capturées pour désigner le vainqueur

Ce que ce jeu de stratégie ancien apporte en calcul mental

Semer les graines une par une, trou après trou, oblige l’enfant à compter en continu, mais aussi à se projeter plusieurs coups à l’avance : combien de graines se trouveront dans tel trou adverse si je joue ce trou-ci en premier ? Cette anticipation chiffrée, répétée à chaque tour, en fait un excellent exercice de calcul mental déguisé en jeu, bien plus stimulant qu’une série d’opérations posées sur une feuille.

Ce calcul n’est jamais isolé : chaque graine semée modifie à la fois le contenu du trou où elle tombe et la suite des possibilités de tous les trous suivants. Un enfant qui joue régulièrement à l’awalé apprend ainsi, sans s’en rendre compte, à tenir plusieurs petites quantités en tête en même temps et à les mettre à jour au fil de la partie — un entraînement du calcul mental bien plus riche qu’une simple addition posée sur le papier.

Contrairement à beaucoup de jeux de société modernes, l’awalé se joue sans dé, sans carte et sans aucune part de hasard : tout dépend uniquement des choix des deux joueurs, ce qui en fait un jeu dit « à information parfaite », comme les échecs. Cette caractéristique en fait une excellente introduction à l’idée qu’une défaite, dans ce type de jeu, ne s’explique jamais par la malchance, mais toujours par un choix qui aurait pu être différent.

L’awalé peut se proposer dès l’âge de six ans, en simplifiant d’abord la règle de capture, puis en la complexifiant à mesure que l’enfant maîtrise le comptage. C’est aussi une excellente porte d’entrée vers d’autres jeux de stratégie à information parfaite, où tout se joue sur le plateau, sans hasard ni carte cachée — une famille de jeux que l’on retrouve également dans notre rubrique Premiers pas, consacrée aux tout premiers apprentissages du jeu d’échecs.

Avec ses graines et son plateau de bois, l’awalé n’a besoin d’aucun écran pour captiver un enfant : juste de la patience, un peu de calcul, et le plaisir de voir son tas de graines grandir tour après tour.


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