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François Testu et le bon rythme pour un enfant qui joue et qui apprend

Avatar de Odile Maréchaux-Lanoë

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Proposer une partie d’échecs à un enfant juste après le déjeuner, ou en toute fin d’après-midi après une longue journée de classe, n’a pas du tout le même effet que la lui proposer en fin de matinée. Cette différence, loin d’être anecdotique, est précisément ce qu’étudie la chronopsychologie, discipline à laquelle le chercheur français François Testu a consacré une grande partie de ses travaux.

Les travaux de ce chronopsychologue sur les rythmes scolaires

Professeur émérite de psychologie, François Testu s’est attaché, au fil de nombreuses années de recherche, à mesurer les variations d’attention et de performance des enfants au cours d’une même journée, d’une même semaine, voire d’une même année scolaire. Selon l’article Wikipédia consacré à la chronopsychologie, qui cite ses travaux parmi les références du domaine, ses recherches montrent que l’attention d’un enfant suit une courbe assez régulière au fil de la journée : plutôt basse au tout début de la matinée, elle progresse ensuite pour atteindre un pic autour de onze heures, avant de connaître un creux net après le déjeuner, puis de remonter en fin d’après-midi.

Cette même logique s’observe à une échelle plus large : les enfants montrent en général une attention plus faible en début de semaine, qui s’améliore progressivement jusqu’au jeudi, avant de redescendre le vendredi. Ces variations, documentées par des mesures répétées en conditions scolaires réelles, ont nourri les débats français sur l’organisation des rythmes scolaires depuis plusieurs décennies, débats auxquels François Testu a directement participé en siégeant dans des comités consultatifs nationaux sur la question.

Un autre apport de ses travaux tient dans la mise en évidence de rythmes encore plus longs, à l’échelle de l’année scolaire entière : la performance moyenne des enfants tend à se dégrader après plusieurs semaines consécutives de classe sans interruption, ce qui a nourri les arguments en faveur d’un calendrier scolaire ponctué de coupures régulières plutôt que de longues périodes ininterrompues. Ces travaux ont ainsi contribué à nourrir une vision plus fine du temps scolaire, où la quantité d’heures passées en classe compte moins que leur répartition dans le temps.

Ce qu’ils suggèrent sur le meilleur moment pour un jeu de réflexion

Pour un parent qui souhaite proposer un jeu de réflexion exigeant comme les échecs, ces travaux offrent un repère concret : mieux vaut privilégier les moments où l’attention naturelle de l’enfant est la plus disponible — la fin de matinée, ou un moment calme de fin d’après-midi une fois la fatigue immédiate de la sortie de classe retombée — plutôt que juste après le déjeuner, moment où la vigilance chute naturellement chez la plupart des enfants.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un enfant ne peut pas jouer à d’autres moments de la journée : le jeu reste un plaisir, pas une contrainte calée sur un horaire scientifique. Mais pour une séance qui demande une vraie concentration, par exemple l’apprentissage d’une nouvelle règle ou l’entraînement à une combinaison tactique, choisir un créneau où l’enfant est naturellement plus réceptif facilite considérablement les choses, pour lui comme pour l’adulte qui l’accompagne.

Un parent peut aussi s’appuyer sur ces repères pour ajuster ses propres attentes, plutôt que celles de l’enfant seul. Proposer une partie exigeante en fin d’après-midi, après une journée de classe complète, puis s’étonner que l’enfant multiplie les erreurs d’inattention, revient à ignorer ce que la chronopsychologie documente depuis longtemps : la fatigue attentionnelle n’est pas un manque de bonne volonté, c’est une variation naturelle et prévisible, qui touche d’ailleurs aussi les adultes.

Cette attention portée au bon moment plutôt qu’à la seule durée d’une activité rejoint ce que nous évoquons à propos d’autres exercices de concentration dans notre rubrique Concentration & Cerveau, où le contexte dans lequel un enfant s’exerce compte souvent autant que l’exercice lui-même.

Loin d’être un détail d’organisation, le choix du moment de la journée peut ainsi transformer une séance de jeu laborieuse en un moment où l’enfant progresse avec plaisir, simplement parce qu’il est sollicité au moment où son cerveau est le plus disponible pour cela.


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